Mon livre numérique verrouillé

Dans mon dernier billet, j’ai mentionné la publication d’un de mes textes dans Argus. Si vous consultez les commentaires, vous pourrez voir qu’un des rédacteurs d’Argus, Vincent Audette-Chapdelaine, m’autorise à publier le texte. Le voici avec des liens pour vous permettre d’explorer certains éléments que j’ai mentionnés.

Le livre numérique verrouillé, Argus Vol. 39 no. 1, printemps-été 2010 p.5-6

Premier dimanche du printemps, je me trouve dans la situation apprécié tout bibliophile : je dois choisir le prochain bouquin que je vais lire. J’ai soudainement souvenir d’avoir téléchargé un livre numérique le mois précédent. En fait, la maison d’édition l’offrait gratuitement pendant une campagne promotionnelle et j’ai découvert son existence grâce à un contact sur le réseau social Twitter. Cela tombe bien, car, depuis le téléchargement du livre, je me suis procuré une liseuse, un de ces appareils utilisant l’encre électronique, dédié à la lecture de livres numériques. L’ironie, c’est que je l’ai acheté sur un site web de petites annonces qui contribue au déclin des revenus pour les journaux papier. Je sais parfaitement que la technologie de ces appareils n’est pas à pleine maturité et qu’il y aura beaucoup d’amélioration dans les mois à venir, mais je veux expérimenter de mes propres mains cette lecture mobile en format numérique.

Je raccorde ma liseuse à mon ordinateur et tente de transférer le fichier téléchargé sur mon nouveau gadget. Pour accomplir la tâche, j’utilise le logiciel de gestion de livres numériques Calibre, mais j’échoue, car celui-ci n’est pas en mesure d’ouvrir ou de transférer le fichier. Je me tourne par la suite vers le logiciel recommandé à la fois par la maison d’édition et l’entreprise qui a produit ma liseuse, Adobe Digital Editions. Je joue de malchance, un message m’informe que je ne possède pas les autorisations pour y transférer le fichier. Évidemment, je n’ai aucun moyen d’obtenir de l’aide sur comment corrigé la situation.

Frustré de mon expérience utilisateur, je me défoule avec un message de 140 caractères sur Twitter et je quitte mon appartement avec un livre en format papier. Aucune chance qu’on m’interdise la lecture de celui-ci et, dans le pire des cas, on me fera payer des frais de retard pour ne pas l’avoir retourné dans les délais prescrits par ma bibliothèque.

Le lendemain, j’ai souvenir qu’au moment de télécharger le fichier, la maison d’édition m’a forcé à installer le logiciel d’Adobe de façon à télécharger et ouvrir ce livre numérique. Je me rends compte qu’au moment de téléchargé le fichier, je n’ai pas créé un identifiant personnel nommé Adobe ID et que c’est la raison pour laquelle le logiciel refuse d’ajouter le fichier sur ma liseuse.

Qu’est-ce qui peut bien s’être passé pour qu’une situation pareille survienne? La vérité? Je suis une autre de ces personnes honnêtes qui ont subi les effets secondaires des technologies DRM.

Les technologies de gestion des droits numériques, mieux connues sous l’acronyme anglophone DRM pour Digital Rights Management, sont notamment nées pour empêcher la copie et la distribution illégale de fichiers numériques. Les DRM ajoutent un verrou virtuel sur les fichiers sonores, vidéos et textes en leur attribuant les caractéristiques d’un objet physique. Pour ouvrir ces fichiers verrouillés, il faut utiliser des logiciels et appareils spécifiquement sélectionnés par l’entreprise qui impose les DRM. Les entreprises culturelles affirment ainsi protéger le droit d’auteur et la perte de revenus que le partage, la copie et le piratage engendrent selon eux. Le livre numérique n’échappe pas à cette stratégie.

De leur côté, les détracteurs des technologies de DRM mettent de l’avant que les DRM nuisent aux utilisateurs légitimes et respectueux du droit d’auteur plutôt que de contrecarrer la distribution illégale de fichiers. Un exemple de cette situation remonte à 2004 quand Sony music distribuait un CD avec une technologie DRM qui installait un logiciel espion sur les ordinateurs où il était consulté. Un autre exemple plus récent est celui de la compagnie Ubisoft qui souhaite empêcher le piratage de ses jeux vidéo et qui force ses clients à maintenir un lien Internet constant avec ses serveurs pour avoir la simple possibilité de jouer à leurs jeux. La première fin de semaine d’opération, le serveur d’Ubisoft est devenu inaccessible, ce qui a provoqué une interruption d’accès aux utilisateurs.

Une alternative possible au DRM est de favoriser une technique comme le tatouage numérique (aussi connu sous l’appellation anglaise watermarking). Cette technologie identifie la propriété d’un fichier en insérant une trace non intrusive sur le fichier au moment du téléchargement. On pourrait, par exemple, songer à une stratégie déjà proposée par certains éditeurs de livres numériques qui insèrent des informations personnelles de l’utilisateur sur le document au téléchargement (nom, numéro de carte de crédit, etc.).

Dans le contexte d’une bibliothèque, ceci pourrait prendre forme par l’ajout du nom de la bibliothèque du nom de l’usager,  ainsi que son numéro de téléphone. De cette façon, un utilisateur qui souhaite partage illégalement un document y réfléchirait deux fois avant de l’envoyer à une personne de son entourage. Peut-être même que l’usager préféra lui suggérer de se procurer le document à la bibliothèque.

En acceptant d’utiliser les technologies de DRM sur les ressources numériques en bibliothèque, nous devenons les entremetteurs d’un mécanisme intrusif nuisible à l’expérience d’utilisation de nos institutions. Les usagers des bibliothèques risquent de blâmer la bibliothèque qui leur a fourni le fichier plutôt que le fournisseur qui nous a fait payer si cher les ressources électroniques. En effet, les usagers sont rarement en mesure d’identifier la source véritable du problème qui se trouve brouillée entre les services de la bibliothèque et celui de nos fournisseurs. C’est la réputation de la bibliothèque auprès des usagers qui en sera affectée, plutôt que l’image du fournisseur.

Revenons à mon histoire du début. Plus tard dans la journée de dimanche un ami me suggère, par l’entremise de Twitter, de faire une recherche sur les réseaux de piratage disponible sur Internet. J’y ai jeté un coup d’oeil et je n’ai pas trouvé le livre peu connu d’une maison d’édition universitaire américaine. Cependant, j’ai découvert un blogue qui m’expliquait comment retirer les DRM des fichiers de livres numériques. Je l’ai testé et ça fonctionne. Voyez, plutôt que de protéger le droit d’auteur, les DRM ont enrichi mon aversion de cette technologie nuisible à la diffusion de la culture et m’ont amené à développer mes compétences informatiques pour mieux les utiliser contre les DRM que je rencontrerai à l’avenir.

Dans mon dernier billet, j’ai mentionné la publication de mon texte dans Argus. Si vous consultez les commentaires, vous pourrez voir qu’un des rédacteurs d’Argus m’autorise à publier le texte. Le voici avec des liens pour vous permettre d’explorer certains éléments que j’ai mentionnés.

Lozeau Patrick M., Mon livre numérique verrouillé Argus Vol. no1 2010 p.3

Premier dimanche du printemps, je suis en présence d’un moment opportun pour tout bibliophile. Je dois choisir le prochain bouquin que je vais lire. J’ai soudainement souvenir d’avoir téléchargé un livre numérique le mois précédent. En fait, la maison d’édition l’offrait gratuitement pendant une campagne promotionnelle et j’ai découvert son existence grâce à un contact sur le réseau social Twitter. Ça adonne bien, car depuis le téléchargement du livre je me suis procuré une liseuse, un de ces appareils utilisant l’encre électronique et dédié à la lecture de livres numériques. L’ironie, je l’ai acheté sur un site web de petites annonces qui contribue au déclin des revenus pour les journaux papier. Je sais parfaitement que la technologie de ces appareils n’est pas à pleine maturité et qu’il y aura beaucoup d’amélioration dans les mois à venir. Mais je veux expérimenter de mes propres mains cette lecture mobile en format numérique.

Je raccorde ma liseuse à mon ordinateur et tente de transférer le fichier téléchargé sur mon nouveau gadget. Pour accomplir la tâche, j’utilise le logiciel de gestion de livres numériques Calibre, mais j’échoue car celui-ci n’est pas en mesure d’ouvrir ou de transférer le fichier. Je me tourne par la suite vers le logiciel recommandé à la fois par la maison d’édition et l’entreprise qui a produit ma liseuse, Adobe Digital Editions. Je joue de malchance, car j’ai un message incompréhensible m’informant que je ne possède pas les autorisations pour transférer le fichier sur cet appareil. Évidemment, je n’ai aucun moyen d’obtenir de l’aide sur comment corrigé la situation.

Frustré de mon expérience utilisateur, je me défoule avec un message de 140 caractères sur Twitter et je quitte mon appartement avec un livre en format papier. Aucune chance qu’on m’interdît la lecture de celui-ci et dans le pire des cas, on me fera payer des frais de retard pour ne pas l’avoir retourné dans les délais prescrits par ma bibliothèque.

Le lendemain, j’ai souvenir qu’au moment de télécharger le fichier, la maison d’édition m’a forcé à installer le logiciel d’Adobe de façon à télécharger et ouvrir ce livre numérique. Je réalise qu’au moment précis où j’ai téléchargé le fichier, je n’ai pas créé un identifiant personnel nommé Adobe ID et que c’est la raison pour laquelle le logiciel refuse d’ajouter le fichier sur ma liseuse.

Qu’est-ce qui peut bien s’être passé pour qu’une situation pareille survienne? La vérité? Je suis une autre de ces personnes honnêtes qui a subi les effets secondaires des technologies DRM.

Les technologies de gestion des droits numériques, mieux connues sous l’acronyme anglophone DRM pour Digital Rights Management, sont notamment nées pour empêcher la copie et la distribution illégale de fichiers numériques. Les DRM ajoutent un verrou virtuel sur les fichiers sonores, vidéos et textes en leur attribuant les caractéristiques d’un objet physique. Pour ouvrir ces fichiers verrouillés, il faut utiliser des logiciels et appareils spécifiquement sélectionnés par l’entreprise qui impose les DRM. Les entreprises culturelles affirment ainsi protéger le droit d’auteur et la perte de revenus que le partage, la copie et le piratage engendrent selon eux. Le livre numérique n’échappe pas à cette stratégie.

De leurs côtés, les détracteurs des technologies de DRM, mettent de l’avant que les DRM nuisent aux utilisateurs légitimes et respectueux du droit d’auteur plutôt que de contre-carrer la distribution illégale de fichiers. Un exemple de cette situation remonte à 2004 quand Sony music distribuait un CD avec une technologie DRM qui installait un logiciel espion sur les ordinateurs où il était consulté. Un autre exemple plus récent, la compagnie Ubisoft qui souhaite empêcher le piratage de ses jeux vidéo, force ses clients à maintenir un lien internet constant avec ses serveurs pour avoir la simple possibilité de jouer à leurs jeux. La première fin de semaine d’opération, le serveur chez Ubisoft est devenu inaccessible et provoqua une interruption d’accès aux utilisateurs.

Une alternative possible au DRM est de favoriser une technique comme le tatouage numérique (aussi connu sous l’appellation anglaise watermarking). Cette technologie identifie la propriété d’un fichier en insérant une trace non intrusive sur le fichier au moment du téléchargement. On pourrait, par exemple, songer à une stratégie déjà proposée par certains éditeurs de livres numériques qui insèrent des informations personnelles de l’utilisateur sur le document au téléchargement (Nom, numéro de carte de crédit, etc.).

Dans le contexte d’une bibliothèque, ceci pourrait prendre forme par l’ajout du nom de la bibliothèque du nom de l’usager,  ainsi que son numéro de téléphone. De cette façon, un utilisateur qui souhaite partage illégalement un document réfléchirait deux fois avant de l’envoyer à une personne de son entourage. Peut-être même que l’usager préféra lui suggérer de se procurer le document à la bibliothèque.

En acceptant d’utiliser les technologies de DRM sur les ressources numériques en bibliothèque, nous devenons les entremetteurs d’un mécanisme intrusif nuisible à l’expérience d’utilisation de nos institutions. Les usagers des bibliothèques risquent de blâmer la bibliothèque qui leur a fourni le fichier plutôt que le fournisseur qui nous a fait si cher payer les ressources électroniques. En effet, les usagers sont rarement en mesure d’identifier la source véritable du problème qui se trouve brouillée entre les services de la bibliothèque et celui de nos fournisseurs. C’est la réputation de la bibliothèque auprès des usagers qui sera affectée plutôt que l’image du fournisseur.

Revenons à mon histoire du début. Plus tard dans la journée de dimanche un ami me suggère, par l’entremise de Twitter, de faire une recherche sur les réseaux de piratage disponible sur Internet. J’y ai jeté un coup d’oeil rapide et je n’ai pas trouvé le livre peu connu d’une maison d’édition universitaire américaine. Cependant, j’ai découvert un blogue qui m’expliquait comment retirer les DRM des fichiers de livres numériques. Je l’ai testé et ça fonctionne. Voyez, plutôt que de protéger le droit d’auteur, les DRM ont enrichi mon aversion de cette technologie nuisible à la diffusion de la culture et m’ont amené à développer mes compétences informatiques pour les mieux les utiliser contre les DRM que je rencontrerai à l’avenir.

Ma tribune libre dans Argus

Aujourd’hui, j’ai pu consulter le dernier numéro d’Argus (VOL. 39. No1, Printemps-été 2010). J’attendais particulièrement ce numéro, car j’y signe un texte dans la section tribune libre, qui est la partie éditoriale de la revue.

En résumé, j’y affirme que les DRM nuisent à l’expérience utilisateur des livres électroniques et que les bibliothèques doivent s’opposer à son utilisation. Mon texte est basé sur ma propre expérience personnelle d’utilisation des livres numériques et de la bande dessinée « Why DRM Doesn’t Work or How to Download an Audio Book from the Cleveland Public Library » de Brad Colbow.

Malheureusement, je dois vous inviter à consulter la version papier de la publication à cause de la politique actuelle, de la revue, sur les droits d’auteur. Cependant, je trouverai une façon de publier le texte en ligne dans les prochaines semaines.

Erratum : Je dois apporter une correction à l’information dans la biographie qui accompagne l’article. Je ne travaille plus au Bureau des communications et relations publiques de l’Université de Montréal. En effet, je suis redevenu bibliothécaire depuis quelques semaines en rejoignant l’équipe de Luc Jodoin à la Direction associée du Réseau des bibliothèques publiques de la Ville de Montréal.

Le piratage des articles de périodiques électroniques

Il y a plus d’un an, j’écoutais Richard Wallis interviewant JP Rangaswami. À une époque où la question du piratage occupe beaucoup les discussions en lien avec le monde numérique, une citation de Rangaswami m’a marqué durant l’entrevue :

« If you trying to create scarcity where there’s isn’t, you create opportunity for abundance. »

« When you create artificial scarcity, something else comes along to create an economy of abundance. » (19:20)

Il donne l’exemple de l’encodage régional pour les DVD, où aucune valeur n’est créée en voulant limiter la diffusion des DVD par région. En fait, ça donne un prétexte au piratage et à la création de logiciels pour contourner les protections. Si on compare avec l’industrie de la musique, les compagnies de disques continuaient de créer de la rareté où il n’y en avait pas en tentant de conserver le modèle économique de la vente de CD pendant que Napster répondait à un besoin d’échanger et d’obtention de la musique.

Je me pose donc la question pour les bibliothèques universitaires qui possèdent des ressources électroniques protégées, notamment les périodiques électroniques. En voulant créer une rareté sur ces ressources, les fournisseurs et les bibliothèques engendrent la création d’une offre de l’abondance. Il y a évidemment les dépôts institutionnels et les archives ouvertes qui offrent un plus grand accès. Cependant, qu’est-ce qui arrive si les étudiants, chercheurs et professeurs créent des environnements parallèles pour l’obtention des articles? Il est déjà trop tard, car ils existent.

Il y a quelques semaines, Jessamyn West a publié sur son blogue un exemple où quelqu’un a obtenu un article de périodique en publiant un statut sur Facebook demandant si quelqu’un y avait accès et pouvait lui envoyer une copie. En échange, la personne a offrait de faire un don à Médecins sans frontières. J’ai assisté à la même expérimentation l’année dernière quand Silvère Mercier a publié sur Twitter un message comme quoi il n’avait pas accès à un article qui l’intéressait et un peu plus tard il publiait ceci :

Certains affirmeront que ce sont des cas isolés, car ce sont des bibliothécaires qui ont accès à un réseau de leurs pairs pour répondre à ce type de besoin. Cependant, la croissance des réseaux sociaux et l’arrivée de nouveaux outils permettant un partage facile des références bibliographiques comme Zotero et Mendeley ne vont qu’accroître les possibilités d’échanger du contenu illicite.

Demandez-vous, qu’est-ce qui est plus simple pour un utilisateur, obtenir de son réseau un article de périodique ou faire la recherche dans les ressources électroniques de sa bibliothèque?

Comme le disait Rangaswami, si vous créez une pénurie artificielle, vous établissez des conditions pour créer de l’abondance.

Il n'y a que les fous qui ne changent pas d'idée

Il n’y a pas de façon simple d’écrire ce qui suit. C’est la conséquence de vivre sa vie professionnelle en public.

Je ne travaille plus pour inLibro. De mon initiative personnelle, j’ai décidé de mettre fin à mon emploi.

La raison principale qui m’avait poussé à accepter le poste venait d’un désir inachevé de tenter l’aventure du travail autonome. J’avais notamment lu « Is Consulting For You? » en terminant mes études à l’EBSI. L’opportunité chez inLibro allait m’offrir une base solide pour m’aventurer dans cette voie.

J’en suis finalement venu à la conclusion que l’emploi n’était pas pour moi. Pour être fonctionnel au jour le jour, j’ai besoin de collaborer dans une grande équipe et maintenir un contact avec les utilisateurs.

Il ne faut pas percevoir mon départ comme un mépris d’inLibro. J’ai toujours été favorable à une pleine prise de contrôle des systèmes d’information par les bibliothèques. Je ne serai tout simplement pas la personne qui facilitera l’appropriation des technologies du libre en bibliothèque.

Entre temps, je suis de retour dans mon alma mater. Pas pour les bibliothèques, mais pour le BCRP. Je vais prendre le temps de me familiariser dans mes nouvelles fonctions avant de vous en dire plus, tout en souhaitant que ma charge de cours puisse reprendre bientôt.

Apple iPad et les livres numériques

C’est aujourd’hui qu’Apple a annoncé la sortie de son nouveau Apple iPad. Je vous invite à regarder la vidéo qui présente une nouvelle ligne de produits pour l’entreprise de Cupertino. Il y avait abondance de spéculations depuis quelques semaines sur la nature de l’annonce d’Apple. En fin de compte, je caractériserais le nouvel appareil de « gros iPod touch » avec un écran s’approchant du 10″ de grandeur en diagonale.

Mon intérêt avant l’annonce tournait surtout autour de la question des livres numériques. Je suis avec attention le marché des livres numériques depuis quelques années. Depuis l’annonce du Kindle d’Amazon, je songeais sérieusement à faire l’achat d’une liseuse pour remplacer les arbres morts qui s’accumulent dans ma bibliothèque. Ce qui me retenait, c’est qu’il est pratiquement impossible d’y ajouter du contenu provenant de sources autres que leurs magasins respectifs.

Pourquoi y ajouter d’autres contenus que des livres numériques? C’est qu’après plusieurs années à l’université, j’ai pris l’habitude de lire des articles de périodiques provenant de revues scientifiques. Plus d’une fois, j’ai préféré imprimer ce type de document sur du bon vieux papier. Il m’arrive de lire des PDF ou du texte sur mon iPhone, mais ce n’est pas l’idéal. Il faut aussi préciser que le format PDF, employé par les éditeurs de périodiques, limite les possibilités de consultation par sa nature. Le PDF étant un format qui fige la présentation et la mise en page avec des dimensions préétablies. C’est donc le format 81/2″ x 11 » qui est devenu la norme.

Je ne suis pas le seul à m’interroger sur les appareils à usage unique. C’était aussi la réflexion qu’a eue Nora Young de l’émission Spark à la CBC en interviewant Bill Buxton et Jared Spool. La discussion tournait autour de la question : À quel moment on veut un appareil à usage unique ou un appareil multifonction. J’en ai conclu depuis un certain temps, qu’un appareil à multifonction serait l’idéal pour lire des livres numériques, des articles de périodiques, du contenu multimédia et peut-être même la capacité de consulter le web pendant ma lecture.

Je suis donc très heureux de l’arrivée de ce nouvel appareil. Le seul problème, c’est qu’il nous manque encore des détails sur l’offre de contenu numérique qui sera offert. Au moment de la présentation, Steve Jobs a annoncé la venue d’une nouvelle application pour les livres numériques.

En effet, l’iPad possède une application nommée iBooks pour télécharger des livres numériques en format EPUB d’un magasin en ligne nommé iBookstore créé par Apple. Pour l’instant, le contenu offert provient de cinq maisons d’édition américaines et le prix annoncé ce situerait entre 12,99$ US et 14,99$ US pour chaque livre. C’est une offre intéressante, mais une petite note au bas de la page qui présente les fonctionnalités indique: « 1. iBooks available in the U.S. only. » De plus, plusieurs questions demeurent sans réponse sur cette nouvelle offre de livres numériques.

  • Est-ce que les fichiers seront protégés par une technologie de DRM?
  • Est-ce que les éditeurs pourront choisir d’activer cette protection ou non?
  • Est-ce que le prix annoncé est déterminé par Apple, ou les prix pourront être plus bas?
  • Est-ce que l’on peut gérer du contenu de différents formats avec l’application iBooks? (Mes fichiers PDF d’articles de périodiques par exemple.)
  • Est-ce que l’application iBooks pourra lire du contenu provenant de multiples fournisseurs? (Des livres achetés sur Jelis.ca par exemple.)

Dans les faits, ces questions sont tout inutiles, car la plateforme de l’iPad reprend l’écosystème des applications qu’on retrouve pour le iPhone ou le l’iPod touch. Il suffit d’utiliser les applications existantes ou de créer une nouvelle application pour gérer et contourner les limites de l’application iBooks. Aux États-Unis, Amazon offre déjà une application Kindle dans l’Appstore, tandis que la chaîne de librairies canadiennes Chapters-Indigo, a publié un billet affirmant sa volonté de s’adapter à la plateforme du iPad via son service Kobo.

La question qui faut se demander maintenant : est-ce qu’Archambault va nous offrir une application compatible avec l’iPad pour nous permettre de lire la sélection de livres offerte sur Jelis.ca? Espérons qu’il n’y a pas d’entente d’exclusivité avec Sony pour limiter la distribution au Sony Reader.