Livre numérique

Tous les livres numériques de Jelis.ca sont lisibles sur un iPad

Contexte compliqué

La popularité des livres numériques est en pleine éclosion au Québec. Cependant, l’offre de titres québécois est faible si on regarde les titres en provenance des quelques entrepôts numériques ou d’éditeurs numériques. Cette offre est amoindrie si l’on ajoute les limites imposées par les DRM. En effet, un ePub avec DRM n’est plus interopérable avec les différents appareils le moment qu’on lui impose un verrou numérique.

Un bon exemple de cette situation est représenté par la boutique en ligne Jelis.ca. En effet, la plupart des livres offerts ne peuvent être lus sur la tablette la plus populaire du moment, soit l’iPad. On prend même le temps de créer une sous-section au catalogue pour faciliter le repérage des fichiers PDF qui fonctionnent seulement sur l’iPad. Il y a même un pop-up sur le site de l’éditeur pour nous avertir qu’on ne pourra pas le lire sur un iPod touch, un iPad ou un iPhone.

Cette restriction semble absurde pour le plus commun des mortels, mais parfaitement compréhensibles lorsqu’on s’aperçoit que les livres en format ePub de Jelis.ca utilisent le système de DRM Adobe CS4. Ce système de DRM n’est pas supporté par Apple et son application iBooks. La compagnie de Cumpertino a préféré utiliser son système de DRM FairPlay pour protéger les livres en format ePub vendu dans sa librairie.

Mais voilà, l’application Bluefire Reader brise la barrière entre le système d’exploitation iOS et le système de DRM d’Adobe. Voici ma démarche.

Comment acheter et transférer vos fichiers

Au préalable, assurez-vous de :

  • Posséder l’application gratuite Bluefire Reader sur iOS et de l’installer sur votre iPod touch, iPad ou iPhone.
  • Créer un ID Adobe qui permettra d’ouvrir et consulter les fichiers protégés par le DRM CS4 d’Adobe.
  • D’acheter un livre numérique sur le site Jelis.ca ou même en télécharger un sur Numilog à BAnQ.

Suivez les étapes suivantes :

  1. L’achat ou le téléchargement d’un livre avec DRM d’Adobe passe nécessairement par l’obtention d’un fichier avec l’extension .acsm. Ce fichier est une sorte de clé. Si vous avez installé le logiciel Adobe Digital Edition, il reconnaît le fichier et va récupérer le fichier par la suite. Mais ce n’est pas ce qu’on veut faire.
  2. Il faut plutôt repérer le fichier .acsm et vous le faire parvenir en pièce jointe d’un courriel pour être en mesure de l’ouvrir avec l’application dédiée d’Apple sur votre iPod touch, iPad ou iPhone.
  3. Dans le menu info de l’application Bluefire Reader, vous devez ajouter votre ID Adobe qui est composé d’une adresse courriel et d’un mot de passe.
  4. Maintenant, consultez vos courriels sur votre iPod touch, iPad ou iPhone. En ouvrant le courriel qui contient le fichier avec l’extension .acsm, vous remarquerez que la pièce jointe est représentée par le logo de l’application Bluefire Reader. En cliquant dessus, votre appareil ouvre et télécharge le fichier pour en permettre la consultation.
  5. Quoi dire de plus, bonne lecture!

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Le papier est (peut-être encore) la meilleure plateforme

À défaut de publier sur mon blogue ces temps-ci, je publie sur le bon vieux papier. Voici un texte publié dans le Feliciter, la revue de la Canadian Library Association. C’est un numéro sur les technologies émergentes en bibliothèques sous la direction d’Amy Buckland et Amanda Etches-Johnson.

Livres numériques : Le papier est la meilleure plateforme, Feliciter  Vol. 56 no. 5,  2010 p. 207 à 209

À moins que vous ne dormiez sous une roche durant les dernières années, vous êtes probablement au courant que le livre numérique est le sujet de l’heure dans le monde du livre. On ne peut pas passer une journée sans entendre parler de la popularité croissante du nouveau format auprès des lecteurs. Évidemment, ces discussions sont accompagnées de nouvelles sur les différents appareils disponibles pour faire la lecture. On n’a qu’à penser au Sony Reader, au Kindle d’Amazon ou à l’iPad d’Apple pour n’en nommer que quelques-uns. Comme nous sommes aux balbutiements du marché, il y a beaucoup de discussion à propos du meilleur appareil pour répondre au besoin du lecteur. On compare les différents appareils pour affirmer que les écrans à encre électronique fatiguent moins les yeux, qu’un certain modèle d’appareil supporte le format normalisé EPUB tandis qu’un autre utilise un format propriétaire. Cependant, ces discussions ne tiennent pas compte de la question primordiale quand vient le temps de choisir un livre : est-il disponible et où puis-je me le procurer?

À l’heure actuelle, on assiste à la naissance de différentes plateformes pour la diffusion des livres numériques et l’accès à ces livres. La plus connue est celle qui se taille la part du lion sur les marchés, à savoir le Kindle. Le modèle d’intégration verticale déployé par Amazon avec son écosystème Kindle est une belle démonstration d’un modèle de diffusion et de distribution pour l’accès au livre numérique. Cependant, l’environnement Kindle s’apparente beaucoup plus aux mesures que les compagnies de téléphones cellulaires prennent pour faire en sorte que nous demeurions des clients, soit un contrôle serré sur le réseau utilisé, un choix limité d’appareils et de la difficulté à changer de fournisseur. Ce modèle n’assure ni la pérennité de la bibliothèque personnelle ni la flexibilité dans les droits de transfert que confère normalement l’acquisition de livres sur support papier.

En fait, là réside tout le problème avec les livres numériques. Les éditeurs font affaire avec des revendeurs qui assurent un contrôle sur le contenu à l’aide d’une plateforme numérique. L’utilisateur doit choisir les livres qu’il souhaite lire en fonction des possibilités que lui offrent les différentes plateformes. Si un lecteur sélectionne le Kindle, il peut acheter un appareil dédié ou télécharger une application sur un appareil mobile pour consulter son contenu. Le même type de choix s’offre à lui s’il fait son achat à la boutique de Kobo ou au magasin Sony. Évidemment, certains pourront affirmer que l’iPad a le gros avantage de pouvoir combiner toutes les différentes plateformes offertes sur le marché avec des applications différentes pour chacune des plateformes. Il faut toutefois se demander si on peut affirmer sérieusement que l’iPad existera d’ici quelques années.

Un des aspects du livre numérique qui pose problème est le fait que les détenteurs des droits appliquent une conception de fichier-objet au livre numérique pour maintenir les mêmes contrôles que sur la version sur support papier. De là découle l’idée qu’on doit appliquer un contrôle numérique sous la forme de verrous (dans le cadre du système de gestion numérique des droits). Ces mécanismes artificiels de contrôle éliminent à la fois certains avantages du livre physique auxquels on est habitué, notamment la possibilité de prêter un livre, mais aussi et surtout les avantages reliés à la mobilité du numérique. Pourquoi faut-il que ce soit les lecteurs qui doivent perdre au change dans l’expérience du livre, et ce, au profit de la sécurité d’esprit des éditeurs et des détenteurs de droits?

Selon moi, il est encore très facile d’argumenter en faveur du livre sur support papier comme technologie parfaite pour la lecture dans ce contexte. Oui, il s’agit d’une technologie parfaite, car le livre physique a le gros avantage de pouvoir conjuguer le support avec le contenu et la gestion des droits. En effet, les quelques questions qu’on devait se poser avant d’acheter un livre étaient plus de nature esthétique, portant sur le format (notamment le choix entre format régulier et livre de poche, livre relié ou broché). Je n’avais pas à me demander si le titre était disponible dans un format que mon lecteur supportait. Je n’avais qu’à choisir entre l’acheter ou, encore mieux, l’emprunter à la bibliothèque. Pour ce qui est de la gestion des droits d’auteur, il y a bien longtemps qu’on n’a pas craint les imprimantes comme source de reproduction illicite.

La vraie question qu’il faut se poser quand on parle d’une transition vers le livre numérique est ceci : avons-nous vraiment besoin d’un fichier numérique pour lire un livre? Pensez-y : un texte présenté de façon linéaire doit-il nécessairement être manipulé comme un objet? Ne devrions- nous pas mettre fin à cette conception du livre et nous concentrer plutôt sur l’élément de base qu’est la lecture?

En juin 2010, Hugh McGuire a affirmé sur Twitter que l’avenir du livre était dans sa fusion avec le Web. Selon lui, d’ici 5 ans, le Web et le livre ne feront qu’un. J’aime beaucoup cette idée, car le Web, pour moi, est lié à un sentiment de liberté et d’accès universel. Je peux aussi contrôler l’accès à certaines parties d’un objet, tout en permettant aux moteurs de recherche de le récupérer, et ce, sans me casser la tête pour en indexer le contenu.

Une plateforme de livres numériques offre une intégration verticale en conjuguant la sélection de livres, le processus d’achat, le contenu que nous sélectionnons et l’appareil dont nous nous servons pour lire. Par le passé, nous avions l’habitude de nous procurer des livres sur support papier. Que nous les obtenions dans une librairie ou une bibliothèque ou par tout autre moyen, une fois dans nos mains, il n’y avait plus de problème à avoir accès au livre. La seule manière de résoudre les trois grandes difficultés actuelles liées aux livres numériques, soit les formats de fichier, les appareils et la gestion des droits d’auteur, est d’aborder des livres numériques comme s’ils étaient des sites Web.

C’est pourquoi le projet Google Editions sera probablement un facteur de changement dans notre conception d’accès à la connaissance, au savoir et à la culture sous forme de livres. Le peu que nous savons sur le projet nous indique qu’il sera au début un modèle semblable au Web. Ce n’est pas surprenant, étant donné que Google favorise des technologies Web qui sont ouvertes et normalisées d’une manière qui permet à Google de vendre de la publicité contextuelle.

En terminant, je vous demanderais de contredire toute personne qui vous dira que le livre sur support papier est mort. L’histoire nous a démontré qu’aucun médium n’a éliminé ses prédécesseurs. Il y aura probablement une diminution dans le nombre de livres imprimés, et les bibliophiles deviendront peut-être un jour des collectionneurs avec une saveur d’antiquaire de la même façon que les vrais audiophiles collectionnent des disques vinyles. Cependant, tant et aussi longtemps que les avantages du livre numériques n’auront pas fait oublier tous les caractéristiques du livre sur support papier, il y aura des gens qui seront toujours intéressés à se procurer un livre sur support papier.

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Mon livre numérique verrouillé

Dans mon dernier billet, j’ai mentionné la publication d’un de mes textes dans Argus. Si vous consultez les commentaires, vous pourrez voir qu’un des rédacteurs d’Argus, Vincent Audette-Chapdelaine, m’autorise à publier le texte. Le voici avec des liens pour vous permettre d’explorer certains éléments que j’ai mentionnés.

Le livre numérique verrouillé, Argus Vol. 39 no. 1, printemps-été 2010 p.5-6

Premier dimanche du printemps, je me trouve dans la situation apprécié tout bibliophile : je dois choisir le prochain bouquin que je vais lire. J’ai soudainement souvenir d’avoir téléchargé un livre numérique le mois précédent. En fait, la maison d’édition l’offrait gratuitement pendant une campagne promotionnelle et j’ai découvert son existence grâce à un contact sur le réseau social Twitter. Cela tombe bien, car, depuis le téléchargement du livre, je me suis procuré une liseuse, un de ces appareils utilisant l’encre électronique, dédié à la lecture de livres numériques. L’ironie, c’est que je l’ai acheté sur un site web de petites annonces qui contribue au déclin des revenus pour les journaux papier. Je sais parfaitement que la technologie de ces appareils n’est pas à pleine maturité et qu’il y aura beaucoup d’amélioration dans les mois à venir, mais je veux expérimenter de mes propres mains cette lecture mobile en format numérique.

Je raccorde ma liseuse à mon ordinateur et tente de transférer le fichier téléchargé sur mon nouveau gadget. Pour accomplir la tâche, j’utilise le logiciel de gestion de livres numériques Calibre, mais j’échoue, car celui-ci n’est pas en mesure d’ouvrir ou de transférer le fichier. Je me tourne par la suite vers le logiciel recommandé à la fois par la maison d’édition et l’entreprise qui a produit ma liseuse, Adobe Digital Editions. Je joue de malchance, un message m’informe que je ne possède pas les autorisations pour y transférer le fichier. Évidemment, je n’ai aucun moyen d’obtenir de l’aide sur comment corrigé la situation.

Frustré de mon expérience utilisateur, je me défoule avec un message de 140 caractères sur Twitter et je quitte mon appartement avec un livre en format papier. Aucune chance qu’on m’interdise la lecture de celui-ci et, dans le pire des cas, on me fera payer des frais de retard pour ne pas l’avoir retourné dans les délais prescrits par ma bibliothèque.

Le lendemain, j’ai souvenir qu’au moment de télécharger le fichier, la maison d’édition m’a forcé à installer le logiciel d’Adobe de façon à télécharger et ouvrir ce livre numérique. Je me rends compte qu’au moment de téléchargé le fichier, je n’ai pas créé un identifiant personnel nommé Adobe ID et que c’est la raison pour laquelle le logiciel refuse d’ajouter le fichier sur ma liseuse.

Qu’est-ce qui peut bien s’être passé pour qu’une situation pareille survienne? La vérité? Je suis une autre de ces personnes honnêtes qui ont subi les effets secondaires des technologies DRM.

Les technologies de gestion des droits numériques, mieux connues sous l’acronyme anglophone DRM pour Digital Rights Management, sont notamment nées pour empêcher la copie et la distribution illégale de fichiers numériques. Les DRM ajoutent un verrou virtuel sur les fichiers sonores, vidéos et textes en leur attribuant les caractéristiques d’un objet physique. Pour ouvrir ces fichiers verrouillés, il faut utiliser des logiciels et appareils spécifiquement sélectionnés par l’entreprise qui impose les DRM. Les entreprises culturelles affirment ainsi protéger le droit d’auteur et la perte de revenus que le partage, la copie et le piratage engendrent selon eux. Le livre numérique n’échappe pas à cette stratégie.

De leur côté, les détracteurs des technologies de DRM mettent de l’avant que les DRM nuisent aux utilisateurs légitimes et respectueux du droit d’auteur plutôt que de contrecarrer la distribution illégale de fichiers. Un exemple de cette situation remonte à 2004 quand Sony music distribuait un CD avec une technologie DRM qui installait un logiciel espion sur les ordinateurs où il était consulté. Un autre exemple plus récent est celui de la compagnie Ubisoft qui souhaite empêcher le piratage de ses jeux vidéo et qui force ses clients à maintenir un lien Internet constant avec ses serveurs pour avoir la simple possibilité de jouer à leurs jeux. La première fin de semaine d’opération, le serveur d’Ubisoft est devenu inaccessible, ce qui a provoqué une interruption d’accès aux utilisateurs.

Une alternative possible au DRM est de favoriser une technique comme le tatouage numérique (aussi connu sous l’appellation anglaise watermarking). Cette technologie identifie la propriété d’un fichier en insérant une trace non intrusive sur le fichier au moment du téléchargement. On pourrait, par exemple, songer à une stratégie déjà proposée par certains éditeurs de livres numériques qui insèrent des informations personnelles de l’utilisateur sur le document au téléchargement (nom, numéro de carte de crédit, etc.).

Dans le contexte d’une bibliothèque, ceci pourrait prendre forme par l’ajout du nom de la bibliothèque du nom de l’usager,  ainsi que son numéro de téléphone. De cette façon, un utilisateur qui souhaite partage illégalement un document y réfléchirait deux fois avant de l’envoyer à une personne de son entourage. Peut-être même que l’usager préféra lui suggérer de se procurer le document à la bibliothèque.

En acceptant d’utiliser les technologies de DRM sur les ressources numériques en bibliothèque, nous devenons les entremetteurs d’un mécanisme intrusif nuisible à l’expérience d’utilisation de nos institutions. Les usagers des bibliothèques risquent de blâmer la bibliothèque qui leur a fourni le fichier plutôt que le fournisseur qui nous a fait payer si cher les ressources électroniques. En effet, les usagers sont rarement en mesure d’identifier la source véritable du problème qui se trouve brouillée entre les services de la bibliothèque et celui de nos fournisseurs. C’est la réputation de la bibliothèque auprès des usagers qui en sera affectée, plutôt que l’image du fournisseur.

Revenons à mon histoire du début. Plus tard dans la journée de dimanche un ami me suggère, par l’entremise de Twitter, de faire une recherche sur les réseaux de piratage disponible sur Internet. J’y ai jeté un coup d’oeil et je n’ai pas trouvé le livre peu connu d’une maison d’édition universitaire américaine. Cependant, j’ai découvert un blogue qui m’expliquait comment retirer les DRM des fichiers de livres numériques. Je l’ai testé et ça fonctionne. Voyez, plutôt que de protéger le droit d’auteur, les DRM ont enrichi mon aversion de cette technologie nuisible à la diffusion de la culture et m’ont amené à développer mes compétences informatiques pour mieux les utiliser contre les DRM que je rencontrerai à l’avenir.

Dans mon dernier billet, j’ai mentionné la publication de mon texte dans Argus. Si vous consultez les commentaires, vous pourrez voir qu’un des rédacteurs d’Argus m’autorise à publier le texte. Le voici avec des liens pour vous permettre d’explorer certains éléments que j’ai mentionnés.

Lozeau Patrick M., Mon livre numérique verrouillé Argus Vol. no1 2010 p.3

Premier dimanche du printemps, je suis en présence d’un moment opportun pour tout bibliophile. Je dois choisir le prochain bouquin que je vais lire. J’ai soudainement souvenir d’avoir téléchargé un livre numérique le mois précédent. En fait, la maison d’édition l’offrait gratuitement pendant une campagne promotionnelle et j’ai découvert son existence grâce à un contact sur le réseau social Twitter. Ça adonne bien, car depuis le téléchargement du livre je me suis procuré une liseuse, un de ces appareils utilisant l’encre électronique et dédié à la lecture de livres numériques. L’ironie, je l’ai acheté sur un site web de petites annonces qui contribue au déclin des revenus pour les journaux papier. Je sais parfaitement que la technologie de ces appareils n’est pas à pleine maturité et qu’il y aura beaucoup d’amélioration dans les mois à venir. Mais je veux expérimenter de mes propres mains cette lecture mobile en format numérique.

Je raccorde ma liseuse à mon ordinateur et tente de transférer le fichier téléchargé sur mon nouveau gadget. Pour accomplir la tâche, j’utilise le logiciel de gestion de livres numériques Calibre, mais j’échoue car celui-ci n’est pas en mesure d’ouvrir ou de transférer le fichier. Je me tourne par la suite vers le logiciel recommandé à la fois par la maison d’édition et l’entreprise qui a produit ma liseuse, Adobe Digital Editions. Je joue de malchance, car j’ai un message incompréhensible m’informant que je ne possède pas les autorisations pour transférer le fichier sur cet appareil. Évidemment, je n’ai aucun moyen d’obtenir de l’aide sur comment corrigé la situation.

Frustré de mon expérience utilisateur, je me défoule avec un message de 140 caractères sur Twitter et je quitte mon appartement avec un livre en format papier. Aucune chance qu’on m’interdît la lecture de celui-ci et dans le pire des cas, on me fera payer des frais de retard pour ne pas l’avoir retourné dans les délais prescrits par ma bibliothèque.

Le lendemain, j’ai souvenir qu’au moment de télécharger le fichier, la maison d’édition m’a forcé à installer le logiciel d’Adobe de façon à télécharger et ouvrir ce livre numérique. Je réalise qu’au moment précis où j’ai téléchargé le fichier, je n’ai pas créé un identifiant personnel nommé Adobe ID et que c’est la raison pour laquelle le logiciel refuse d’ajouter le fichier sur ma liseuse.

Qu’est-ce qui peut bien s’être passé pour qu’une situation pareille survienne? La vérité? Je suis une autre de ces personnes honnêtes qui a subi les effets secondaires des technologies DRM.

Les technologies de gestion des droits numériques, mieux connues sous l’acronyme anglophone DRM pour Digital Rights Management, sont notamment nées pour empêcher la copie et la distribution illégale de fichiers numériques. Les DRM ajoutent un verrou virtuel sur les fichiers sonores, vidéos et textes en leur attribuant les caractéristiques d’un objet physique. Pour ouvrir ces fichiers verrouillés, il faut utiliser des logiciels et appareils spécifiquement sélectionnés par l’entreprise qui impose les DRM. Les entreprises culturelles affirment ainsi protéger le droit d’auteur et la perte de revenus que le partage, la copie et le piratage engendrent selon eux. Le livre numérique n’échappe pas à cette stratégie.

De leurs côtés, les détracteurs des technologies de DRM, mettent de l’avant que les DRM nuisent aux utilisateurs légitimes et respectueux du droit d’auteur plutôt que de contre-carrer la distribution illégale de fichiers. Un exemple de cette situation remonte à 2004 quand Sony music distribuait un CD avec une technologie DRM qui installait un logiciel espion sur les ordinateurs où il était consulté. Un autre exemple plus récent, la compagnie Ubisoft qui souhaite empêcher le piratage de ses jeux vidéo, force ses clients à maintenir un lien internet constant avec ses serveurs pour avoir la simple possibilité de jouer à leurs jeux. La première fin de semaine d’opération, le serveur chez Ubisoft est devenu inaccessible et provoqua une interruption d’accès aux utilisateurs.

Une alternative possible au DRM est de favoriser une technique comme le tatouage numérique (aussi connu sous l’appellation anglaise watermarking). Cette technologie identifie la propriété d’un fichier en insérant une trace non intrusive sur le fichier au moment du téléchargement. On pourrait, par exemple, songer à une stratégie déjà proposée par certains éditeurs de livres numériques qui insèrent des informations personnelles de l’utilisateur sur le document au téléchargement (Nom, numéro de carte de crédit, etc.).

Dans le contexte d’une bibliothèque, ceci pourrait prendre forme par l’ajout du nom de la bibliothèque du nom de l’usager,  ainsi que son numéro de téléphone. De cette façon, un utilisateur qui souhaite partage illégalement un document réfléchirait deux fois avant de l’envoyer à une personne de son entourage. Peut-être même que l’usager préféra lui suggérer de se procurer le document à la bibliothèque.

En acceptant d’utiliser les technologies de DRM sur les ressources numériques en bibliothèque, nous devenons les entremetteurs d’un mécanisme intrusif nuisible à l’expérience d’utilisation de nos institutions. Les usagers des bibliothèques risquent de blâmer la bibliothèque qui leur a fourni le fichier plutôt que le fournisseur qui nous a fait si cher payer les ressources électroniques. En effet, les usagers sont rarement en mesure d’identifier la source véritable du problème qui se trouve brouillée entre les services de la bibliothèque et celui de nos fournisseurs. C’est la réputation de la bibliothèque auprès des usagers qui sera affectée plutôt que l’image du fournisseur.

Revenons à mon histoire du début. Plus tard dans la journée de dimanche un ami me suggère, par l’entremise de Twitter, de faire une recherche sur les réseaux de piratage disponible sur Internet. J’y ai jeté un coup d’oeil rapide et je n’ai pas trouvé le livre peu connu d’une maison d’édition universitaire américaine. Cependant, j’ai découvert un blogue qui m’expliquait comment retirer les DRM des fichiers de livres numériques. Je l’ai testé et ça fonctionne. Voyez, plutôt que de protéger le droit d’auteur, les DRM ont enrichi mon aversion de cette technologie nuisible à la diffusion de la culture et m’ont amené à développer mes compétences informatiques pour les mieux les utiliser contre les DRM que je rencontrerai à l’avenir.

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Ma tribune libre dans Argus

Aujourd’hui, j’ai pu consulter le dernier numéro d’Argus (VOL. 39. No1, Printemps-été 2010). J’attendais particulièrement ce numéro, car j’y signe un texte dans la section tribune libre, qui est la partie éditoriale de la revue.

En résumé, j’y affirme que les DRM nuisent à l’expérience utilisateur des livres électroniques et que les bibliothèques doivent s’opposer à son utilisation. Mon texte est basé sur ma propre expérience personnelle d’utilisation des livres numériques et de la bande dessinée « Why DRM Doesn’t Work or How to Download an Audio Book from the Cleveland Public Library » de Brad Colbow.

Malheureusement, je dois vous inviter à consulter la version papier de la publication à cause de la politique actuelle, de la revue, sur les droits d’auteur. Cependant, je trouverai une façon de publier le texte en ligne dans les prochaines semaines.

Erratum : Je dois apporter une correction à l’information dans la biographie qui accompagne l’article. Je ne travaille plus au Bureau des communications et relations publiques de l’Université de Montréal. En effet, je suis redevenu bibliothécaire depuis quelques semaines en rejoignant l’équipe de Luc Jodoin à la Direction associée du Réseau des bibliothèques publiques de la Ville de Montréal.

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Apple iPad et les livres numériques

C’est aujourd’hui qu’Apple a annoncé la sortie de son nouveau Apple iPad. Je vous invite à regarder la vidéo qui présente une nouvelle ligne de produits pour l’entreprise de Cupertino. Il y avait abondance de spéculations depuis quelques semaines sur la nature de l’annonce d’Apple. En fin de compte, je caractériserais le nouvel appareil de « gros iPod touch » avec un écran s’approchant du 10″ de grandeur en diagonale.

Mon intérêt avant l’annonce tournait surtout autour de la question des livres numériques. Je suis avec attention le marché des livres numériques depuis quelques années. Depuis l’annonce du Kindle d’Amazon, je songeais sérieusement à faire l’achat d’une liseuse pour remplacer les arbres morts qui s’accumulent dans ma bibliothèque. Ce qui me retenait, c’est qu’il est pratiquement impossible d’y ajouter du contenu provenant de sources autres que leurs magasins respectifs.

Pourquoi y ajouter d’autres contenus que des livres numériques? C’est qu’après plusieurs années à l’université, j’ai pris l’habitude de lire des articles de périodiques provenant de revues scientifiques. Plus d’une fois, j’ai préféré imprimer ce type de document sur du bon vieux papier. Il m’arrive de lire des PDF ou du texte sur mon iPhone, mais ce n’est pas l’idéal. Il faut aussi préciser que le format PDF, employé par les éditeurs de périodiques, limite les possibilités de consultation par sa nature. Le PDF étant un format qui fige la présentation et la mise en page avec des dimensions préétablies. C’est donc le format 81/2″ x 11 » qui est devenu la norme.

Je ne suis pas le seul à m’interroger sur les appareils à usage unique. C’était aussi la réflexion qu’a eue Nora Young de l’émission Spark à la CBC en interviewant Bill Buxton et Jared Spool. La discussion tournait autour de la question : À quel moment on veut un appareil à usage unique ou un appareil multifonction. J’en ai conclu depuis un certain temps, qu’un appareil à multifonction serait l’idéal pour lire des livres numériques, des articles de périodiques, du contenu multimédia et peut-être même la capacité de consulter le web pendant ma lecture.

Je suis donc très heureux de l’arrivée de ce nouvel appareil. Le seul problème, c’est qu’il nous manque encore des détails sur l’offre de contenu numérique qui sera offert. Au moment de la présentation, Steve Jobs a annoncé la venue d’une nouvelle application pour les livres numériques.

En effet, l’iPad possède une application nommée iBooks pour télécharger des livres numériques en format EPUB d’un magasin en ligne nommé iBookstore créé par Apple. Pour l’instant, le contenu offert provient de cinq maisons d’édition américaines et le prix annoncé ce situerait entre 12,99$ US et 14,99$ US pour chaque livre. C’est une offre intéressante, mais une petite note au bas de la page qui présente les fonctionnalités indique: « 1. iBooks available in the U.S. only. » De plus, plusieurs questions demeurent sans réponse sur cette nouvelle offre de livres numériques.

  • Est-ce que les fichiers seront protégés par une technologie de DRM?
  • Est-ce que les éditeurs pourront choisir d’activer cette protection ou non?
  • Est-ce que le prix annoncé est déterminé par Apple, ou les prix pourront être plus bas?
  • Est-ce que l’on peut gérer du contenu de différents formats avec l’application iBooks? (Mes fichiers PDF d’articles de périodiques par exemple.)
  • Est-ce que l’application iBooks pourra lire du contenu provenant de multiples fournisseurs? (Des livres achetés sur Jelis.ca par exemple.)

Dans les faits, ces questions sont tout inutiles, car la plateforme de l’iPad reprend l’écosystème des applications qu’on retrouve pour le iPhone ou le l’iPod touch. Il suffit d’utiliser les applications existantes ou de créer une nouvelle application pour gérer et contourner les limites de l’application iBooks. Aux États-Unis, Amazon offre déjà une application Kindle dans l’Appstore, tandis que la chaîne de librairies canadiennes Chapters-Indigo, a publié un billet affirmant sa volonté de s’adapter à la plateforme du iPad via son service Kobo.

La question qui faut se demander maintenant : est-ce qu’Archambault va nous offrir une application compatible avec l’iPad pour nous permettre de lire la sélection de livres offerte sur Jelis.ca? Espérons qu’il n’y a pas d’entente d’exclusivité avec Sony pour limiter la distribution au Sony Reader.

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Les problèmes de jelis.ca

Photo de livre enchaînés.

Retour vers les livres enchaînés d'autrefois?

Mardi, Archambault lançait sa boutique de livres numériques JeLis.ca. Le communiqué annonce une disponibilité initiale de 20 000 livres numériques et affirme être « la première plateforme de ce genre en Amérique du Nord ». Les réactions initiales sont plutôt mitigées. Les commentaires s’attardent pour la plupart sur les prix qui s’apparentent aux versions papier, des formats de fichier offerts et d’une comparaison avec le Kindle d’Amazon. Dominique Papin remarque aussi des problèmes avec l’expérience d’utilisation et le manque d’information sur la façon d’utiliser le service.

Moi j’ai surtout remarqué que la boutique vend des livres qui sont dans le domaine public. On vous demande de payer 7,72$ pour Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas quand ce livre est disponible gratuitement via le Projet Gutenberg.

Les maudits DRM

Le plus gros problème avec JeLis.ca, c’est l’utilisation d’une technologie de DRM. En achetant des fichiers numériques avec DRM, on permet un contrôle externe à l’utilisation de ses documents. L’exemple du Kindle d’Amazon, qui a effacé à distance les livres achetés légalement par les utilisateurs, est encore frais à l’esprit de plusieurs.

Cependant, on n’a pas besoin d’aller très loin pour avoir un autre exemple. Quand Archambault a ouvert sa boutique Zik.ca pour vendre de la musique en format numérique, elle utilisait aussi une technologie de DRM pour les fichiers WMA. Une consultation de la FAQ de Zik.ca nous explique qu’à partir du 15 décembre 2009, ces chansons achetées légalement ne fonctionneront plus. Il conseille de les graver sur des CD sans offrir de les remplacer par des fichiers MP3. C’est complètement absurde!

Si Archambault cesse la vente de livres numériques avec technologie DRM, vont-ils demander d’imprimer votre bibliothèque personnelle avant de fermer l’accès à votre contenu?

L’industrie de la musique a perdu plusieurs années avant de comprendre que le modèle économique derrière la vente de CD ne fonctionnerait plus avec le web. Les éditeurs devront comprendre qu’ils ne vendent plus des livres (objet physique avec du contenu textuel ou visuel), mais du texte numérique qui doit s’arrimer aux modèles économiques du web.

En appliquant une technologie de DRM sur les livres, on en vient à créer de la rareté ou il n’y en a pas. On pousse les consommateurs sur le chemin du piratage plutôt que de lui offrir des alternatives qui respectent sa volonté de consommer des produits culturels. Voici deux extraits du texte sur la réforme du droit d’auteur d’Olivier Chabonneau:

«Les forces économiques qui régissent la culture ne sont pas les mêmes que celles des autres biens de consommation. Produire et vendre des pommes n’est pas comme produire et vendre des livres, des DVD ou de la musique par le simple fait que l’on peut (théoriquement) reproduire à l’infini les oeuvres culturelles. [...] Mais généralement, et contrairement aux pommes, plus on consomme de produits culturels, plus on désire en consommer.»

«Contrairement à ce que l’on peut prétendre, plus les oeuvres culturelles sont accessibles, plus les consommateurs vont en consommer.»

Je n’ai qu’un souhait que les gens qui acceptent de consommer via JeLis.ca soient informés des limites que la boutique impose. Qu’ils soient conscients qu’ils payent pour une location prolongée et qu’ils ne seront jamais propriétaires des livres qui se trouvent sur leurs ordinateurs.

La photo provient est de traceyp3031.

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